Concert – Lecture : Tous les matins du monde

Concert

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Eric Grellety, viole de gambe

Vendredi 23 octobre à 23h

Lectures par Anne Verrier et Philippe Souchu

Lieu tenu secret : réservation obligatoire pour obtenir le rendez-vous…

07 82 14 87 94

Note sur le concertLe musicienLe programme

Tous les matins du monde

silhouette« Avez-vous une idée de ce à quoi peuvent servir les sons quand il ne s’agit plus de danser, ni de réjouir les oreilles du roi ? »

C’est par cette question que Monsieur de Sainte Colombe, maître discret de la viole, inaugure, dans le roman de Pascal Quignard, les leçons de viole et de musique qu’il donne au jeune Marin Marais, qui, en réalité, deviendra un virtuose de l’instrument et un compositeur fécond au service du roi Louis XIV.

Voici donc le récit intime de cette relation si particulière entre le maître et son élève : relation passionnée, douloureuse parfois, exigeante, révoltante, qui est celle aussi, avec le temps, d’un apprentissage de la vie et de ses seuils, de ses deuils… le premier étant peut-être celui, commun à chacun de nous, de l’enfance : l’adolescence venue, le jeune Marais, fils de cordonnier, perd la voix de son enfance, celle qui lui pemettait de chanter et de subsister à Saint Germain l’Auxerrois… la viole, cet instrument, doué, disait-on à l’époque, de toutes les inflexions de la voix humaine, lui permettra-t-elle, sous l’austère conduite de son maître, de dialoguer avec les ombres, à commencer par celle du paradis perdu de sa propre enfance ?

Eric Grellety, à la suite du romancier, nous entraîne dans cette relation, en mêlant, dans son programme, des oeuvres du maître et de l’élève à des lectures de moments qu’il a retenus du beau roman de Pascal Quignard… Roman qui fut adapté au cinéma en 1991 par Alain Corneau.

bauginNature morte aux gaufrettes de Lubin Baugin (vers 1631)

La source du roman
Le roman de Pascal Quignard est inspiré de la notice qu’Evrard Titon du Tillet rédigea pour son projet de Parnasse François :
« On peut dire que Marais a porté la Viole à son plus haut degré de perfection, & qu’il est le premier qui en a fait connoître toute l’étendue & toute la beauté par le grand nombre d’excellentes Pieces qu’il a composées sur cet Instrument, & par la maniere admirable dont il les exécutoit.

Il est vrai qu’avant Marais Sainte Colombe faisoit quelque bruit pour la Viole ; il donnoit même des Concerts chez lui, où deux de ses filles jouoient, l’une du dessus de Viole, & l’autre de la basse, & formoient avec leur pere un Concert à trois Violes, qu’on entendoit avec plaisir, quoiqu’il ne fût composé que de symphonies ordinaires & d’une harmonie peu fournie d’accords.

archetsSainte Colombe fut même le Maître de Marais ; mais s’étant apperçu au bout de six mois que son Eleve pouvoit le surpasser, il lui dit qu’il n’avoit plus rien à lui montrer. Marais qui aimoit passionnément la Viole, voulut cependant profiter encore du sçavoir de son Maître pour se perfectionner dans cet Instrument ; & comme il avoit quelque accès dans sa maison, il prenoit le tems en été que Sainte Colombe étoit dans son jardin enfermé dans un petit cabinet de planches, qu’il avoit pratiqué sur les branches d’un Mûrier, afin d’y jouer plus tranquillement & plus delicieusement de la Viole. Marais se glissoit sous ce cabinet ; il y entendoit son Maître, & profitoit de quelques passages & de quelques coups d’archets particuliers que les Maîtres de l’Art aiment à se conserver ; mais cela ne dura pas long-tems, Sainte Colombe s’en étant apperçu & s’étant mis sur ses gardes pour n’être plus entendu par son Eleve : cependant il lui rendoit toûjours justice sur le progrès étonnant qu’il avoit fait sur la Viole ; & étant un jour dans une compagnie où Marais jouoit de la Viole, ayant été interrogé par des personnes de distinction sur ce qu’il pensoit de sa maniere de jouer, il leur répondit qu’il y avoit des Eleves qui pouvoient surpasser leur Maître, mais que le jeune Marais n’en trouveroit jamais qui le surpassât.[…]
Marais s’attacha à Lully qui l’estimoit beaucoup, & qui se servoit souvent de lui pour battre la mesure dans l’exécution de ses Opera & de ses autres ouvrages en Musique : cela ne l’empêchoit pas de s’appliquer à la Viole & de composer une grande quantité de belles Pieces sur cet Instrument, qu’il jouoit avec tout l’art & toute la delicatesse possible. »
Evrard Titon du Tillet, « Le Parnasse François », Paris 1732

Le musicien

grelletyFasciné depuis l’enfance par les instruments à cordes, Eric Grellety commence son parcours de musicien par l’apprentissage de la guitare classique. Tout en achevant cette première formation au Conservatoire de Marseille auprès de René Bartoli, il souhaite élargir son horizon musical en s’initiant au luth arabe et à la viole de gambe. Cette dernière va lui révéler un univers musical insoupçonné dont l’extraordinaire beauté, la profondeur et la sensibilité le toucheront plus que tout autre.

Au même moment, la sortie du film « Tous les matins du monde » vient conforter sa vocation naissante et, renonçant à une carrière à peine entamée de guitariste professionnel, il entre au Conservatoire d’Aix-en-Provence dans la classe de viole de Sylvie Moquet.

Il y obtient le diplôme pré-professionnel et poursuit son apprentissage avec Roberto Gini aux Conservatoires supérieurs de Genève et de Parme où il acquiert successivement ses diplômes de concertiste et de soliste.

Devenu violiste professionnel, il est amené à jouer de tous les instruments de la famille des violes et son répertoire s’étend de la musique médiévale jusqu’à l’époque classique. Mais sa préférence va encore et toujours à ses premières amours, la basse de viole française, à ses confidences en clair-obscur, graves profonds et sombres, aigus au son droit et clair, à cette voix quasi humaine qui sert aussi bien la poésie farouche et inattendue de Monsieur de Sainte-Colombe que les grâces naturelles et la noble mélancolie de Marin Marais.

Le programme

Monsieur de Sainte-Colombe, « Les pleurs » (extrait du 44ème Concert à deux violes esgales « Tombeau Les regrets ») ;
Monsieur de Sainte-Colombe, Prélude (manuscrit de Tournus) ;
Monsieur de Sainte-Colombe, Gigue (manuscrit de Tournus) ;
Monsieur de Sainte-Colombe, « Les pleurs » ;
Marin Marais, « Le petit badinage » (5ème livre de pièces de viole, 1725) ;
Monsieur de Sainte-Colombe le fils, Prélude (extrait. Manuscrit de Durham) ;
Marin Marais, « La brillante » (3ème livre de pièces de viole, 1707) ;
Monsieur de Sainte-Colombe, Sarabande et double (manuscrit de Tournus)
Marin Marais, « Le badinage » (Suitte d’un goût étranger, 4ème livre de pièces de viole, 1717) ;
Marin Marais, « La Rêveuse » (Suitte d’un goût étranger, 4ème livre de pièces de viole, 1717) ;
Marin Marais, « La Georgienne dite la Maupertuy » (5ème livre de pièces de viole, 1725) ;
Marin Marais, « Les voix humaines » (Second livre de pièces de viole, 1701).

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Un commentaire

  1. Pingback: Un concert insolite ? Celui du 23 octobre… « Arles en Baroque


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